• La dimension historique du « libéralisme » -1

    Le keynésianisme, le compromis intenable entre capital et travail

    Le libéralisme peut-être considéré comme la remise en cause du compromis entre le capital-travail à l'issue de la seconde guerre mondiale. Les théories keynésiennes inspiraient les politiques économiques ; elles impliquaient, entre autres choses, une certaine redistribution salariale qui soutenait la croissance. Les travailleurs voyaient leur niveau de vie s'améliorer et divers systèmes de protection sociale leur assuraient la sécurité. Les parents pouvaient espérer pour leurs enfants, par le biais des études, une ascension sociale dans une économie en pleine expansion.

    S'ils bénéficiaient d'une certaine redistribution, les travailleurs n'avaient pas pour autant leur mot à dire ni dans la finalité ni dans l'organisation de la production, pas plus qu'au niveau des principaux choix de politiques économiques. Ils laissaient cela aux dirigeants, aux élus, et aux spécialistes.

    Il semble que le coeur du compromis entre le capital et le travail, lui-même au coeur du keynésianisme, reposait sur cet abandon : les travailleurs bénéficiaient d'une redistribution salariale mais  ils n'empiétaient pas sur les prérogatives du capital d'organiser la production comme bon lui semblait. Le seul droit qui était reconnu aux travailleurs était celui de revendiquer davantage, et donc ils revendiquaient : de meilleures conditions de salaire, de travail, l'amélioration de la couverture sociale... et ils obtenaient souvent satisfaction. Il semble même que l'augmentation des salaires dépassaient celui celui de la productivité et donc les possibilités d'investissement.

    La situation des détenteurs de capitaux se trouvait compromise par cette dynamique : «Prenez des entreprises dont la rentabilité s'est vue diminuée, qui se préoccupent peu des actionnaires et distribuent des dividendes de misère, ajoutez une bourse effondrée et des taux d'intérêt plus faibles que l'inflation. Laissez mijoter quelques années, et vous avez inventé la potion à dissoudre une classe dirigeante dans une crise structurelle ». (1)

     

    Ils décidèrent donc de réagir.

     

    (1) (Duménil-Lévy, « Ivresse libérale, arrogance impériale », in Quelle Europe pour quel monde, p 114, Syllepse, 2003)


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