• Pas de reconquête de nos vies sans un fort engagement citoyen !

    Ecrit le 28 février 2012

    Les intérêts privés ont totalement circonvenu toutes les instances de la représentation démocratique, toutes les instances internationales censées promouvoir le bien commun. Il s'ensuit une véritable crise du politique, induite par le décalage entre le discours qui prétend incarner la souveraineté populaire et la réalité des faits, c'est à dire l'alignement des politiques sur les intérêts privés d'une toute petite minorité. L'exercice de la démocratie, en fait, consiste à donner la caution de la légitimité du suffrage universel (parfois bien indirect) à des décisions qui échappent totalement au contrôle citoyen. Ce jeu, jusqu'à présent à peu près maitrisé par le « libéralisme », menace cependant de prendre eau du fait des conséquences désastreuses des orientations poursuivies jusqu'à ce jour : alors on tente de constitutionnaliser, de faire rentrer dans le marbre des grands principes fondamentaux ceux qui conduisent à l'exploitation populaire. Ceux-ci deviennent alors très difficilement réversibles. C'est une tentative politique et idéologique pour rendre indépassable l'horizon de cette exploitation, issue des meilleures recettes « scientifiques » pour promouvoir le meilleur des mondes. Il n'y a pas d'alternative, disait Margaret Tatcher : la répétition jusqu'à satiété de cette assertion, reprise en choeur et sur tous les tons par les discours dominants, tient lieu d'argumentaire. L'omniprésence de ce discours a pour fonction de tenir en respect toute velléité d'interrogations sur son bien-fondé.

    Les facettes de cette crise du politique sont multiples. L'une d'elle se traduit par la montée des extrêmes droites dans toute l'Europe. On peut aussi citer une perte de sens des institutions publiques censées protéger le citoyen et être le support du lien social. Non seulement les services publics sont privés de moyens, mais le politique leur prescrit d'adopter les règles de fonctionnement et l'idéologie du secteur marchand. Le service public n'est plus censé l'égalité de traitement à tous les usagers, devenus entre temps des clients servis en fonction du tarif qu'ils peuvent payer. La Justice affronte des offensives qui remettent en cause la séparation des pouvoirs et tendent à la placer sous le contrôle de l'exécutif. Le poids des intérêts privés sur le politique se répercute sur toutes les institutions en charge de la sauvegarde publique, qui perdent leur culture propre au profit de la politique du chiffre, ou des trafics d'influence, comme en témoignent les scandales sanitaires à répétition. Une autre aspect de la crise du politique est l'éloignement de nombreux citoyens désabusés vis à vis du jeu politique. Le discours médiatique, les poncifs de la pensée unique, repris par les partis politiques dominants entretiennent le sentiment d'impuissance et attisent le rejet d'une classe politique qui se ressemble trop quelque soit le bord auquel elle appartient et trop souvent engluées dans des affaires. Ces discours voilent la réalité et ne permettent pas l'identification des causes des calamités qui s'abattent sur eux. Ils savent bien qu'ils sont exploités mais entre la peur savamment inculquée (avec l'image de la Grèce en repoussoir) et la difficulté de s'approprier un discours et des propositions critiques, ils se sentent livrés à eux-mêmes et deviennent fatalistes.

    Enfin la crise du politique se traduit par la montée des colères et des révoltes, dont on peut espérer qu'elles constitueront le creuset d'une redéfinition de notre contrat social et de notre organisation politique. Colère des quartiers de relégation sociale, colères spontanées, sans véritable encadrement et objectifs politiques. Colère négligée des salariés à qui l'on vole les meilleurs années de leur retraite. Colère des « indignés » de toutes les places qui ont exprimé leur désir de « démocratie réelle. Colère des ouvriers victimes de licenciements boursiers et qui veulent prouver, leur propre plan de reprise d'activité en mains, que leur usine, que leur collectif de travail, peuvent vivre....

    La révolte chemine donc de manière assez éclatée, avec des niveaux divers de maturation des prises de conscience et d'élaboration d'alternatives.

    Mais il est une question à laquelle nous n'échapperons pas si nous voulons sortir de la nasse libérale et si nous ne voulons pas répéter les mêmes erreurs : pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi nos élus nous représentent-ils si peu ? Pourquoi une telle reddition de la social-démocratie face aux intérêts du grand capital ?

    N'en sommes nous pas responsables par notre propre démission, par la remise de soi à ceux savent, à ceux qui ont le pouvoir, intériorisant notre éviction de la citoyenneté véritable, acceptant de fait la place dans le monde qui nous est faite et qui se réduit, ces derniers temps, en peau de chagrin ?

    La première des reconquêtes est dans nos têtes, en refusant de renoncer à notre propre jugement. Des intellectuels, des chercheurs ont produit des analyses qui nous permettent de sortir de l'enfumage du discours libéral. Il ne s'agit pas de prendre leurs textes comme un nouveau catéchisme qu'il faudrait ingurgiter -d'ailleurs ils ne sont pas d'accord sur tout-, mais comme des supports, des outils qui doivent faciliter notre propre travail de compréhension. Peu importe que celui-ci prenne du temps et reste inachevé : l'essentiel est d'être en interrogation vis à vis du monde, de ne pas se démettre de son droit à forger ses propres opinions et à les affiner sans cesse.

    Mais la reconquête intellectuelle, nécessaire, ne suffit pas : l'engagement est nécessaire. En plus de la présence dans les manifestations, les rassemblements, il nous faut nous saisir d'enjeux concrets. Dans les syndicats, les associations, les responsables se retrouvent trop souvent seuls à faire « tourner la boutique ». Nous ne nous en sortirons pas un large engagement citoyen, à commencer par les enjeux du quotidien, dans la démocratie locale, en tant que citoyen actif ou élu. Et pour les enjeux centraux, ceux qui relèvent essentiellement de la démocratie représentative, ne perdons jamais notre esprit critique, même vis à vis de ceux à qui nous faisons à priori confiance : l'intérêt pour l'activité de nos représentants, notre vigilance active pour mesurer l'adéquation de leur action avec le bien commun est le seul garde-fou de la démocratie

     

     

     

     


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